NISU en Haïti : un droit gratuit détourné en source de revenus — entre abus, silence et impunité

Le Numéro d’Identification Scolaire Unique (NISU) est présenté par le Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP) comme un outil fondamental de modernisation du système éducatif haïtien. Gratuit, obligatoire et permanent, il doit accompagner chaque élève durant tout son parcours scolaire.

Pourtant, sur le terrain, la réalité est toute autre : dans de nombreuses écoles, le NISU est monnayé, parfois à des prix exorbitants, au détriment de parents déjà asphyxiés par la crise économique. Une situation qui interroge, indigne et soulève de graves questions de gouvernance, de contrôle et de justice sociale.

🟢 Le NISU : un outil stratégique pour l’éducation haïtienne

Le NISU est conçu comme une identité scolaire numérique unique. Il permet :

  • Le suivi académique de chaque élève
  • La centralisation des données scolaires
  • La sécurisation des examens officiels
  • La mobilité des élèves entre établissements
  • La lutte contre la fraude scolaire

Le MENFP a rappelé à plusieurs reprises que :

  • Le NISU est totalement gratuit
  • Il ne peut ni être vendu, ni retenu
  • Il doit figurer sur tous les documents officiels : bulletins, carnets, relevés de notes, certificats

En théorie, le système est clair. En pratique, il est gravement détourné.

🔴 La réalité sur le terrain : le NISU vendu illégalement

Des enquêtes de terrain réalisées par plusieurs médias et organisations de parents révèlent une situation alarmante :

  • Près de 95 % des écoles visitées dans certaines zones exigeraient de l’argent pour délivrer le NISU
  • Des montants allant de 1 000 à plus de 10 000 gourdes
  • Refus de remettre les bulletins sans paiement
  • Retrait du NISU comme moyen de pression sur les parents

Pour de nombreuses familles, le NISU est devenu une nouvelle taxe scolaire informelle, sans base légale.

Pourquoi certaines écoles ne mentionnent pas le NISU sur les documents ?

Plusieurs facteurs expliquent cette dérive :

1. L’absence de contrôle réel

Les inspections sont rares, irrégulières et manquent de moyens. Beaucoup d’écoles savent qu’elles risquent peu.

2. La faiblesse des sanctions

Malgré les dénonciations publiques, très peu d’écoles ont été effectivement sanctionnées (fermeture, retrait d’agrément, poursuites).

3. La désinformation des parents

Beaucoup de parents ignorent que le NISU est gratuit. L’école impose, le parent paie par peur de bloquer l’avenir de l’enfant.

4. Le financement précaire de certaines écoles

Certaines directions utilisent le NISU comme source illégale de revenus pour pallier leurs difficultés financières.

⚠️ Les conséquences graves pour les élèves

Ce système illégal engendre des effets dramatiques :

  • Blocage de dossiers scolaires
  • Impossibilité de changer d’école
  • Exclusion des examens officiels
  • Stress psychologique chez les élèves
  • Endettement des parents
  • Augmentation des inégalités sociales

L’éducation, censée être un droit fondamental, devient ainsi un privilège marchandisé.

🏛️ Où et comment porter plainte ?

Les parents victimes peuvent (et devraient) :

  1. Saisir la Direction Départementale d’Éducation (DDE)
  2. Déposer une plainte formelle au MENFP
  3. S’adresser aux organisations de parents d’élèves
  4. Documenter les cas avec preuves : reçu, témoignage écrit, photo
  5. Alerter les médias indépendants

Plus les plaintes sont officielles, documentées et répétées, plus l’État sera contraint d’agir.

Pourquoi aucune sanction exemplaire jusqu’à présent ?

Cette impunité persistante s’explique par :

  • La faiblesse institutionnelle
  • Le manque de mécanismes numériques de contrôle
  • La peur des représailles chez les parents
  • Une forme de tolérance administrative dangereuse
  • La crise sécuritaire qui détourne l’attention de l’État

Or, sans sanctions visibles et publiques, ce commerce illégal ne fera que s’amplifier.

💡 Le rôle du numérique et des médias citoyens

En tant que plateforme numérique citoyenne, Vwam.net appelle à :

  • La création d’un registre public numérique des écoles fautives
  • Un système de vérification en ligne du NISU par les parents
  • Une plateforme nationale de signalement anonyme
  • Une campagne massive d’éducation numérique sur les droits scolaires
  • Une pression médiatique continue

Le numérique doit servir la transparence, pas masquer les abus.

Appel à la responsabilité nationale

Le scandale du NISU n’est pas un simple problème administratif. Il est le symptôme :

  • D’une crise de gouvernance
  • D’une fragilisation du droit à l’éducation
  • D’une rupture de confiance entre l’État, l’école et les parents

L’enfant haïtien ne doit pas payer le prix de l’inaction, de l’impunité et de la corruption.

Ce que recommande Vwam.net

  • Application immédiate de sanctions contre les écoles fautives
  • Publication officielle des établissements sanctionnés
  • Digitalisation complète et transparente du processus NISU
  • Formation des directeurs d’écoles
  • Campagne nationale d’information des parents

📝 Conclusion

Le NISU est un outil de progrès. Mais utilisé comme marchandise, il devient un instrument d’exclusion.
Tant que les abus ne seront pas réellement sanctionnés, la gratuité restera un mensonge administratif, et non un droit effectif.

L’éducation ne se monnaye pas.
Le droit à l’identité scolaire est inaliénable.
Le silence face à l’injustice est une forme de complicité.

Vwam.net continuera à informer, dénoncer et proposer.

📌 Références

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